La taxe Zucman est une proposition fiscale visant à instaurer un impôt annuel sur les très grandes fortunes afin de renforcer la progressivité du système et lutter contre l’optimisation fiscale des ultra-riches.

Inspirée par les travaux de l’économiste Gabriel Zucman, elle prévoit un prélèvement minimal de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, ce qui concernerait environ 1 800 foyers en France.

L’objectif affiché est double : générer des recettes significatives pour réduire le déficit public et corriger une inégalité structurelle, puisque d’après l’auteur, les contribuables les plus fortunés bénéficieraient d’un taux d’imposition effectif inférieur à celui des ménages ordinaires.

Cette mesure, au cœur des débats politiques, s’inscrit dans une logique de justice fiscale et de modernisation des prélèvements, tout en soulevant des interrogations sur ses effets économiques et le risque de fuite des capitaux.

Les ultra riches paient-ils vraiment 25% d’impôt ?

Gabriel Zucman indique que les ultra riches ne paieraient en réalité que 25% d’impôt, contre environ 50% pour la moyenne des français.

Gabriel Zucman confond les personnes physiques et les holdings familiales

La position de Gabriel Zucman, qui affirme que les ultra-riches ne paient qu’environ 25% d’impôts, repose sur une confusion entre l’imposition des ménages et celle des sociétés holdings qu’ils détiennent.

En réalité, une grande partie des revenus des plus fortunés provient de dividendes et de plus-values, qui sont soumis à l’impôt sur le revenu via le prélèvement forfaitaire unique, mais aussi à l’impôt sur les sociétés en amont. En additionnant ces deux niveaux d’imposition, le taux effectif est bien supérieur à 25 %. Ignorer cette double taxation revient à sous-estimer la contribution réelle des détenteurs de capitaux et à présenter une image biaisée du système fiscal.

Une analyse rigoureuse doit distinguer la fiscalité des personnes physiques de celle des entités juridiques, afin d’éviter des conclusions simplistes qui alimentent le débat sans refléter la complexité des mécanismes fiscaux.

Les associés des holdings ne vivent pas sur le budget de leur société

L’argument de Gabriel Zucman néglige une réalité juridique fondamentale : les associés de sociétés ne peuvent pas « vivre sur le compte » de leur entreprise sans contrepartie, car cela constituerait un abus de biens sociaux, infraction pénalement sanctionnée.

En pratique, les dirigeants et actionnaires doivent se verser une rémunération ou percevoir des dividendes pour disposer de liquidités personnelles.

Cette distinction est essentielle, car elle démontre que les flux financiers entre la société et ses associés sont encadrés par des règles strictes et ne peuvent être assimilés à une ponction libre sur les actifs sociaux.

En confondant la fiscalité des personnes physiques avec celle des sociétés, Zucman occulte le fait que les revenus distribués sont déjà soumis à l’impôt sur les sociétés avant d’être imposés chez l’actionnaire, ce qui conduit à une charge fiscale globale bien supérieure à celle qu’il avance.

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Quels seraient les effets de la taxe Zucman ?

S’il est difficile de chiffrer le bénéfice réel de cette mesure, il est en revanche possible d’en imaginer les conséquences néfastes.

Réduction de la trésorerie des entreprises et des investissements

La taxe proposée par Gabriel Zucman soulève une objection majeure : elle suppose que les ultra-riches disposent librement de liquidités pour s’acquitter de l’impôt, alors que dans la réalité, ces patrimoines sont souvent immobilisés dans des sociétés holdings ou des actifs non liquides.

Pour payer cette taxe, il faudrait sortir de la trésorerie de l’entreprise, ce qui réduit mécaniquement sa capacité d’investissement, d’innovation et de croissance.

En imposant une ponction directe sur les ressources des sociétés, on fragilise leur compétitivité et on risque de freiner la création de valeur à long terme.

Cette approche ignore la logique économique selon laquelle la trésorerie d’une entreprise doit prioritairement financer son développement, et non servir de réservoir fiscal pour des mesures ciblant ses actionnaires.

Une telle taxe pourrait donc avoir des effets pervers sur l’emploi et l’investissement, contredisant l’objectif affiché de justice sociale.

Cession forcée des actions des sociétés

La taxe proposée par Gabriel Zucman présente une faiblesse conceptuelle majeure : elle ne distingue pas le patrimoine professionnel, souvent immobilisé dans des sociétés, du patrimoine financier réellement disponible pour le contribuable.

Cette confusion entraîne un risque pratique important. Certains entrepreneurs ou actionnaires, dont la richesse est essentiellement constituée de parts sociales, ne disposent pas des liquidités nécessaires pour s’acquitter de l’impôt.

Pour payer la taxe, ils seraient contraints de céder tout ou partie de leurs actions à des tiers, ce qui peut fragiliser la structure de l’entreprise, diluer le contrôle et compromettre sa stratégie à long terme.

En ignorant cette réalité économique, la mesure risque non seulement de pénaliser les détenteurs de capital, mais aussi de déstabiliser des entreprises créatrices d’emplois et d’investissement, avec des effets négatifs sur la compétitivité et la croissance.

Cette contrainte, combinée à la lourdeur de la charge fiscale, crée un puissant incitatif à l’exil fiscal. Certains contribuables préféreront transférer leur résidence et leurs activités vers des pays offrant une fiscalité plus favorable. Une telle mesure, censée renforcer la justice fiscale, risque donc d’entraîner une fuite des capitaux et des talents, avec des conséquences négatives sur l’investissement, l’emploi et la compétitivité nationale.