L’apport de titres, souvent utilisé dans le cadre de l’optimisation fiscalelors d’opérations de restructuration ou de cession, soulève plusieurs interrogations lorsqu’un report d’imposition est mis en place. L’article 150-0 B ter du CGI encadre ces situations spécifiques, notamment après un apport assorti d’un échange de titres à une société holding. Ce dispositif implique des obligations déclaratives précises pour le contribuable comme pour la société bénéficiaire de l’apport, auxquelles il convient de prêter une attention particulière lors de chaque déclaration annuelle. 

Quels sont les principes du report d’imposition lors d’un apport de titres ?

Lorsqu’une personne physique procède à un apport de titres à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, la plus-value générée n’est pas immédiatement imposée. Ce mécanisme, prévu par l’article 150-0 B ter du CGI, permet un report d’imposition jusqu’à la réalisation ultérieure d’un événement comme la cession des nouveaux titres reçus ou le réinvestissement du produit de cession. 

Ce système vise à faciliter les opérations de réorganisation, encourageant la création de sociétés holdings familiales ou patrimoniales, tout en assurant que la plus-value finira bien par être fiscalisée. Dès l’année suivant l’apport, la question des obligations déclaratives devient alors centrale pour préserver tous les avantages du régime. 

Quelles démarches effectuer lors de l’apport avec report d’imposition ?

Dès la première année où l’apport intervient, le contribuable doit signaler l’existence du report d’imposition dans sa déclaration de revenus. Cette mention s’effectue généralement via la déclaration n°2042, précisément dans la case 8UT. Cette étape formelle assure à l’administration fiscale le suivi du dispositif activé sur la plus-value réalisée. 

Il est également nécessaire de détailler la nature et le montant de la plus-value placée en report d’imposition. En cas de manquement à ces obligations déclaratives, l’avantage du report peut être remis en cause, exposant ainsi la plus-value à une imposition immédiate. 

Quels formulaires annexes doivent être déposés ?

En complément de la déclaration principale, l’utilisation des formulaires n°2074 et n°2074-I demeure indispensable. Ces documents servent à préciser les modalités de l’apport, les titres concernés, l’identité de la société bénéficiaire de l’apport ainsi que les éléments nécessaires au calcul de la plus-value. Ils offrent à l’administration un cadre détaillé pour suivre l’évolution de la situation fiscale du contribuable. 

Ces formulaires constituent le support officiel de justification du report d’imposition auprès du fisc. Leur production évite tout litige ultérieur relatif à la qualification, au suivi, voire au montant de la plus-value reportée. 

Comment assurer le suivi du report d’imposition pendant la détention des titres ?

obligations déclaratives à la suite d’un apport avec report d’imposition

Après la première année de l’apport, il reste impératif de continuer à signaler le maintien du report d’imposition chaque année tant que la situation perdure. Le respect de ce régime spécial exige, à chaque déclaration de revenus, de rappeler la plus-value concernée dans la case adéquate. Le formulaire n°2042 comporte une section spécifique pour ce suivi, tandis que le détail actualisé transite à nouveau via les documents annexes. 

Négliger cette formalité expose à un risque réel : la perte automatique du report, suivie de l’imposition immédiate de la plus-value initialement différée. Une vigilance constante sur ces obligations déclaratives demeure donc essentielle durant toute la période de conservation des titres issus de l’apport. 

Quel rôle joue la société bénéficiaire de l’apport ?

La société bénéficiaire de l’apport assume également certaines tâches administratives. Elle doit délivrer chaque année une attestation permettant de vérifier la détention continue des titres apportés, leur non-remploi ou cession, et la poursuite du dispositif de report d’imposition. Cette attestation structure la relation entre la société et l’apporteur, qui en aura besoin pour justifier sa situation auprès de l’administration. 

Une communication régulière entre l’apporteur et la société, accompagnée d’une documentation précise, simplifie les échanges avec l’administration fiscale. Cela limite aussi les risques de contestation sur la validité du report au fil des années et renforce la sécurité juridique de l’ensemble de l’opération. 

Quelles conséquences en cas de cession ou de réinvestissement des titres ?

La cession, l’échange ou parfois le réinvestissement du produit de cession mettent un terme au régime de report d’imposition, conformément aux dispositions prévues par l’article 150-0 B ter du CGI. Dès la survenance de l’événement déclencheur, la plus-value originelle s’ajoute aux revenus imposables de l’année considérée, entraînant une nouvelle série d’obligations déclaratives. 

Il sera nécessaire de déclarer cet événement dans la déclaration de revenus, et d’actualiser tous les formulaires justificatifs (notamment la déclaration n°2074) afin de décrire l’événement et de calculer la plus-value effectivement imposée. Ce mécanisme garantit la traçabilité complète de l’opération, depuis l’apport jusqu’au fait générateur de l’imposition. 

Qu’en est-il du réinvestissement du produit de cession ?

Dans certains cas, un réinvestissement rapide du produit de cession dans une activité économique peut permettre de maintenir un différé d’imposition, sous conditions strictes. La loi impose alors une vigilance accrue quant aux délais et à la nature de l’activité réinvestie. Le suivi déclaratif se renforce, avec la nécessité de joindre à la déclaration n°2074-I des pièces justificatives attestant le réinvestissement effectif. 

Le non-respect du délai de conservation des titres ou des engagements pris vis-à-vis du fisc entraîne la mise en recouvrement immédiate de la plus-value. Une gestion proactive des obligations déclaratives protège donc efficacement contre tout redressement fiscal imprévu. 

Pour quelle durée conserver les pièces et quelles précautions prendre ?

Il demeure essentiel de conserver scrupuleusement tous les documents relatifs à l’apport, depuis l’attestation de la société bénéficiaire de l’apport jusqu’aux copies des diverses déclarations successives. La durée de conservation s’aligne sur la prescription fiscale, soit généralement trois ans à compter de l’événement fiscalisant la plus-value. 

Une bonne organisation documentaire facilite l’accomplissement régulier des obligations déclaratives et offre une sécurité supplémentaire lors d’un contrôle fiscal. Un archivage systématique minimise les oublis ou erreurs formelles qui pourraient remettre en cause le bénéfice du report d’imposition.